Textes appliqués :
En vertu de lâarticle 58 bis, premier alinĂ©a, du statut de la Cour de justice de lâUnion europĂ©enne, lâexamen des pourvois formĂ©s contre les dĂ©cisions du Tribunal portant sur une dĂ©cision dâune chambre de recours indĂ©pendante de lâEUIPO est subordonnĂ© Ă leur admission prĂ©alable par la Cour.
ConformĂ©ment Ă lâarticle 58 bis, troisiĂšme alinĂ©a, de ce statut, le pourvoi est admis, en tout ou en partie, selon les modalitĂ©s prĂ©cisĂ©es dans le rĂšglement de procĂ©dure de la Cour, lorsquâil soulĂšve une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion.
Aux termes de lâarticle 170 bis, paragraphe 1, de ce rĂšglement, dans les situations visĂ©es Ă lâarticle 58 bis, premier alinĂ©a, dudit statut, la partie requĂ©rante annexe Ă sa requĂȘte une demande dâadmission du pourvoi dans laquelle elle expose la question importante que soulĂšve le pourvoi pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion et qui contient tous les Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires pour permettre Ă la Cour de statuer sur cette demande.
ConformĂ©ment Ă lâarticle 170 ter, paragraphes 1 et 3, dudit rĂšglement, la Cour statue sur la demande dâadmission du pourvoi dans les meilleurs dĂ©lais par voie dâordonnance motivĂ©e.
Arguments invoqués par la requérante :
Par son premier argument, la requĂ©rante fait valoir que son pourvoi soulĂšve une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion en ce que le Tribunal a viciĂ© la procĂ©dure dont il Ă©tait saisi, en refusant dâaccepter des Ă©lĂ©ments de preuve provenant de sources accessibles au public illustrant le degrĂ© de connaissance de la langue anglaise par le public en Pologne et en Espagne. Plus prĂ©cisĂ©ment, elle considĂšre que la connaissance des langues est une question dâordre factuel, susceptible dâĂȘtre Ă©tablie au moyen de preuves, mais quâelle relĂšve en lâespĂšce des faits « notoires », de sorte que le Tribunal nâaurait pas Ă©tĂ© en droit de rejeter des Ă©lĂ©ments de preuve provenant de sources accessibles au public au seul motif que de tels Ă©lĂ©ments nâavaient pas Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s dans le cadre des procĂ©dures devant lâEUIPO.
Par son deuxiĂšme argument, la requĂ©rante fait valoir que le Tribunal a violĂ© lâarticle 8, paragraphe 1, sous b), du rĂšglement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 fĂ©vrier 2009, sur la marque de lâUnion europĂ©enne (JO 2009, L 78, p. 1), en commettant des erreurs de droit lors de lâinterprĂ©tation de la liste des produits pour lesquels lâenregistrement de la marque faisant lâobjet de la procĂ©dure dâopposition devant lâEUIPO avait Ă©tĂ© demandĂ© et, partant, lors de la dĂ©termination du public pertinent. Selon la requĂ©rante, le public pertinent est composĂ© exclusivement de professionnels, Ă savoir dâun public spĂ©cialisĂ©, et non Ă©galement du grand public, comme lâa considĂ©rĂ© le Tribunal au point 50 de lâarrĂȘt attaquĂ©. Elle soutient que la question de lâinterprĂ©tation de la liste des produits, qui a une incidence sur la dĂ©finition du public pertinent, est une question de droit importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence et le dĂ©veloppement du droit de lâUnion.
Par son troisiĂšme argument, la requĂ©rante fait valoir que le pourvoi soulĂšve une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence et le dĂ©veloppement du droit de lâUnion en ce que le Tribunal sâest fondĂ© sur des critĂšres juridiques erronĂ©s pour confirmer la conclusion de la dĂ©cision litigieuse relative Ă lâexistence dâun risque de confusion. Lâerreur consisterait, premiĂšrement, en lâaffirmation selon laquelle le risque de confusion sâentend comme un risque de confusion entre les signes. DeuxiĂšmement, en confirmant la conclusion de la dĂ©cision litigieuse, selon laquelle un risque de confusion ne saurait ĂȘtre « exclu » ou « exclu avec certitude », le Tribunal se serait Ă©cartĂ© de la jurisprudence de la Cour. LâEUIPO ainsi que le Tribunal devraient parvenir Ă un constat positif de lâexistence dâun risque de confusion.
De maniĂšre transversale, la requĂ©rante soutient que les questions de droit concernant lâinterprĂ©tation et lâapplication de lâarticle 8, paragraphe 1, sous b), du rĂšglement no 207/2009 qui sont visĂ©es par les trois arguments susmentionnĂ©s se posent dans un grand nombre dâaffaires, de sorte quâune dĂ©cision de la Cour serait nĂ©cessaire pour prĂ©server lâunitĂ© et la cohĂ©rence du droit de lâUnion et pour assurer un dĂ©veloppement cohĂ©rent du droit de lâUnion.
Raisonnement liminaire de la Cour :
Il convient de relever que câest Ă la requĂ©rante quâil incombe de dĂ©montrer que les questions soulevĂ©es par son pourvoi sont importantes pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion (ordonnances du 16 septembre 2019, Kiku/OCVV, C-444/19 P, non publiĂ©e, EU:C:2019:746, point 11, ainsi que du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C-613/19 P, EU:C:2019:905, point 13).
En outre, ainsi quâil ressort de lâarticle 58 bis, troisiĂšme alinĂ©a, du statut de la Cour de justice de lâUnion europĂ©enne, lu en combinaison avec lâarticle 170 bis, paragraphe 1, et lâarticle 170 ter, paragraphe 4, du rĂšglement de procĂ©dure, la demande dâadmission du pourvoi doit contenir tous les Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires pour permettre Ă la Cour de statuer sur lâadmission du pourvoi et de dĂ©terminer, en cas dâadmission partielle de ce dernier, les moyens ou les branches du pourvoi sur lesquels le mĂ©moire en rĂ©ponse doit porter. En effet, Ă©tant donnĂ© que le mĂ©canisme dâadmission prĂ©alable des pourvois visĂ© Ă lâarticle 58 bis de ce statut vise Ă limiter le contrĂŽle de la Cour aux questions revĂȘtant une importance pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion, seuls les moyens soulevant de telles questions et Ă©tablis par le requĂ©rant doivent ĂȘtre examinĂ©s par la Cour dans le cadre du pourvoi (ordonnance du 3 septembre 2020, Gamma-A/EUIPO, Câ199/20 P, non publiĂ©e, EU:C:2020:662, point 10 et jurisprudence citĂ©e).
[Point important] : Ainsi, une demande dâadmission du pourvoi doit, en tout Ă©tat de cause, Ă©noncer de façon claire et prĂ©cise les moyens sur lesquels le pourvoi est fondĂ©, identifier avec la mĂȘme prĂ©cision et clartĂ© la question de droit soulevĂ©e par chaque moyen, prĂ©ciser si cette question est importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion et exposer de maniĂšre spĂ©cifique les raisons pour lesquelles ladite question est importante au regard du critĂšre invoquĂ©. En ce qui concerne, en particulier, les moyens du pourvoi, la demande dâadmission du pourvoi doit prĂ©ciser la disposition du droit de lâUnion ou la jurisprudence qui aurait Ă©tĂ© violĂ©e par lâarrĂȘt ou lâordonnance sous pourvoi, exposer de maniĂšre succincte en quoi consiste lâerreur de droit prĂ©tendument commise par le Tribunal, et indiquer dans quelle mesure cette erreur a exercĂ© une influence sur le rĂ©sultat de lâarrĂȘt ou lâordonnance sous pourvoi. Lorsque lâerreur de droit invoquĂ©e rĂ©sulte de la violation de la jurisprudence, la demande dâadmission du pourvoi doit exposer, de façon succincte mais claire et prĂ©cise, premiĂšrement, oĂč se situe la contradiction allĂ©guĂ©e, en identifiant tant les points de lâarrĂȘt ou de lâordonnance sous pourvoi que le requĂ©rant met en cause que ceux de la dĂ©cision de la Cour ou du Tribunal qui auraient Ă©tĂ© mĂ©connus, et, deuxiĂšmement, les raisons concrĂštes pour lesquelles une telle contradiction soulĂšve une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion (ordonnance du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C-613/19 P, EU:C:2019:905, point 15 et jurisprudence citĂ©e).
En effet, une demande dâadmission du pourvoi ne contenant pas les Ă©lĂ©ments Ă©noncĂ©s au point prĂ©cĂ©dent de la prĂ©sente ordonnance ne saurait ĂȘtre, dâemblĂ©e, susceptible de dĂ©montrer que le pourvoi soulĂšve une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion justifiant son admission (ordonnance du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C-613/19 P, EU:C:2019:905, point 16 et jurisprudence citĂ©e).
Raisonnement de la Cour sur les arguments invoquĂ©s par la requĂ©rante :Â
Tout dâabord, il convient de rejeter lâargumentation que la requĂ©rante dĂ©veloppe de maniĂšre transversale dans le cadre de ses trois arguments, Ă savoir que le grand nombre dâaffaires soulevant des questions similaires Ă celles soulevĂ©es dans le cadre du pourvoi rend nĂ©cessaire une dĂ©cision de la Cour pour prĂ©server lâunitĂ© et la cohĂ©rence du droit de lâUnion et pour assurer un dĂ©veloppement cohĂ©rent du droit de lâUnion au regard de lâapplication et de lâinterprĂ©tation de lâarticle 8, paragraphe 1, sous b), du rĂšglement no 207/2009. En effet, le fait quâune question pourrait concerner un grand nombre dâaffaires ne saurait manifestement ĂȘtre considĂ©rĂ© comme pertinent pour Ă©tablir lâimportance juridique de la question pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion (voir, en ce sens, ordonnance du 19 dĂ©cembre 2019, Hauzenberger/EUIPO, Câ696/19 P, non publiĂ©e, EU:C:2019:1116, point 20).
Ensuite, sâagissant du premier argument de la requĂ©rante, rĂ©sumĂ© au point 7 de la prĂ©sente ordonnance, selon lequel le Tribunal aurait commis une erreur de droit en refusant dâaccepter des Ă©lĂ©ments de preuve provenant de sources accessibles au public illustrant le degrĂ© de connaissance de la langue anglaise par le public en Pologne et en Espagne, il importe de souligner que, conformĂ©ment Ă la charge de la preuve qui pĂšse sur lâauteur dâune demande dâadmission dâun pourvoi, un tel argument nâest pas, en soi, suffisant pour Ă©tablir que ce pourvoi soulĂšve une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion, le demandeur devant respecter, Ă cette fin, lâensemble des exigences Ă©noncĂ©es au point 13 de la prĂ©sente ordonnance.
Or, en lâespĂšce, la requĂ©rante nâexpose pas les raisons concrĂštes pour lesquelles le refus dâexaminer des preuves qui nâont pas Ă©tĂ© produites dans le cadre de la procĂ©dure administrative soulĂšverait une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion. Ă cet Ă©gard, il convient de relever notamment que, dans son ordonnance du 17 juillet 2014, MOL/OHMI (Câ468/13 P, non publiĂ©e, EU:C:2014:2116, point 42), la Cour sâest dĂ©jĂ prononcĂ©e sur la question visĂ©e par le premier argument de la requĂ©rante, Ă savoir la question de savoir si un Ă©lĂ©ment de preuve qui concerne prĂ©tendument les faits notoires peut ĂȘtre produit devant le Tribunal mĂȘme sâil nâa pas Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© prĂ©alablement devant un organe tel que celui en cause. Or, la requĂ©rante nâindique pas les raisons pour lesquelles, en prĂ©sence de cette jurisprudence de la Cour, le premier argument est susceptible de constituer une question qui est importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion.
En outre, quant au deuxiĂšme argument avancĂ© par la requĂ©rante, Ă©voquĂ© au point 8 de la prĂ©sente ordonnance, selon lequel le Tribunal aurait interprĂ©tĂ©, de maniĂšre erronĂ©e, la liste des produits pour lesquels lâenregistrement de la marque a Ă©tĂ© demandĂ©, ce qui aurait eu une incidence sur la dĂ©finition du public pertinent, il convient de constater que la requĂ©rante cherche, en substance, Ă remettre en cause les constatations du Tribunal relatives aux caractĂ©ristiques du public pertinent. Or, il rĂ©sulte dâune jurisprudence constante que de telles constatations relĂšvent du domaine des apprĂ©ciations de nature factuelle pour lesquelles le Tribunal est seul compĂ©tent (voir, notamment, arrĂȘt du 25 juillet 2018, QuaMa Quality Management/EUIPO, Câ139/17 P, non publiĂ©, EU:C:2018:608, point 55 et jurisprudence citĂ©e). DĂšs lors, une telle argumentation ne saurait soulever une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion (voir, en ce sens, ordonnance du 10 octobre 2019, KID-Systeme/EUIPO, Câ577/19 P, non publiĂ©e, EU:C:2019:854, point 20).
Enfin, sâagissant du troisiĂšme argument de la requĂ©rante, figurant au point 9 de la prĂ©sente ordonnance, selon lequel le Tribunal a commis une erreur de droit lorsquâil a confirmĂ© les conclusions de la dĂ©cision litigieuse concernant lâexistence dâun risque de confusion, dâune part, il convient de relever que lâallĂ©gation de la requĂ©rante, selon laquelle le Tribunal aurait considĂ©rĂ© quâun risque de confusion entre les signes suffit pour constater quâil y a un risque de confusion entre les marques en cause, est fondĂ©e sur une lecture manifestement erronĂ©e de lâarrĂȘt attaquĂ©. En effet, le Tribunal a procĂ©dĂ©, aux points 73 Ă 84 de lâarrĂȘt attaquĂ©, Ă sa propre apprĂ©ciation globale du risque de confusion pour en conclure, au point 83 de lâarrĂȘt attaquĂ©, quâen raison du fait que les signes en conflit Ă©taient similaires au sens de lâarticle 8, paragraphe 1, sous b), du rĂšglement no 207/2009 et que les produits en cause Ă©taient identiques ou similaires Ă un degrĂ© Ă©levĂ©, il existait un risque de confusion.
Dâautre part, sâagissant de lâaffirmation selon laquelle le Tribunal se serait Ă©cartĂ© de la jurisprudence de la Cour, il importe de souligner que, conformĂ©ment Ă la charge de la preuve qui pĂšse sur lâauteur dâune demande dâadmission dâun pourvoi, une telle argumentation nâest pas, en soi, suffisante pour Ă©tablir que ce pourvoi soulĂšve une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion, le demandeur devant respecter, Ă cette fin, lâensemble des exigences Ă©noncĂ©es au point 13 de la prĂ©sente ordonnance (voir, en ce sens, ordonnance du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C-613/19 P, EU:C:2019:905, point 17 et jurisprudence citĂ©e). Or, la requĂ©rante, qui ne prĂ©cise pas la jurisprudence de la Cour prĂ©tendument violĂ©e, nâa pas respectĂ© lâensemble de ces exigences.
Solution de la Cour de justice de l’Union europĂ©enne :
Dans ces conditions, il convient de conclure que la demande prĂ©sentĂ©e par la requĂ©rante nâest pas de nature Ă Ă©tablir que le pourvoi soulĂšve une question importante pour lâunitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de lâUnion.
Eu Ă©gard Ă lâensemble des considĂ©rations qui prĂ©cĂšdent, il y a lieu de ne pas admettre le pourvoi.
CJUE 29 octobre 2020, Kerry Luxembourg SĂ rl c/ EUIPO, Câ305/20 P