đŸŸ„ [Extrait] Droit des marques (UE), la requĂ©rante devant la CJUE doit dĂ©montrer l’importance d’une question pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union

Textes appliqués :

En vertu de l’article 58 bis, premier alinĂ©a, du statut de la Cour de justice de l’Union europĂ©enne, l’examen des pourvois formĂ©s contre les dĂ©cisions du Tribunal portant sur une dĂ©cision d’une chambre de recours indĂ©pendante de l’EUIPO est subordonnĂ© Ă  leur admission prĂ©alable par la Cour.

ConformĂ©ment Ă  l’article 58 bis, troisiĂšme alinĂ©a, de ce statut, le pourvoi est admis, en tout ou en partie, selon les modalitĂ©s prĂ©cisĂ©es dans le rĂšglement de procĂ©dure de la Cour, lorsqu’il soulĂšve une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union.

Aux termes de l’article 170 bis, paragraphe 1, de ce rĂšglement, dans les situations visĂ©es Ă  l’article 58 bis, premier alinĂ©a, dudit statut, la partie requĂ©rante annexe Ă  sa requĂȘte une demande d’admission du pourvoi dans laquelle elle expose la question importante que soulĂšve le pourvoi pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union et qui contient tous les Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires pour permettre Ă  la Cour de statuer sur cette demande.

ConformĂ©ment Ă  l’article 170 ter, paragraphes 1 et 3, dudit rĂšglement, la Cour statue sur la demande d’admission du pourvoi dans les meilleurs dĂ©lais par voie d’ordonnance motivĂ©e.

Arguments invoqués par la requérante :

Par son premier argument, la requĂ©rante fait valoir que son pourvoi soulĂšve une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union en ce que le Tribunal a viciĂ© la procĂ©dure dont il Ă©tait saisi, en refusant d’accepter des Ă©lĂ©ments de preuve provenant de sources accessibles au public illustrant le degrĂ© de connaissance de la langue anglaise par le public en Pologne et en Espagne. Plus prĂ©cisĂ©ment, elle considĂšre que la connaissance des langues est une question d’ordre factuel, susceptible d’ĂȘtre Ă©tablie au moyen de preuves, mais qu’elle relĂšve en l’espĂšce des faits « notoires », de sorte que le Tribunal n’aurait pas Ă©tĂ© en droit de rejeter des Ă©lĂ©ments de preuve provenant de sources accessibles au public au seul motif que de tels Ă©lĂ©ments n’avaient pas Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s dans le cadre des procĂ©dures devant l’EUIPO.

Par son deuxiĂšme argument, la requĂ©rante fait valoir que le Tribunal a violĂ© l’article 8, paragraphe 1, sous b), du rĂšglement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 fĂ©vrier 2009, sur la marque de l’Union europĂ©enne (JO 2009, L 78, p. 1), en commettant des erreurs de droit lors de l’interprĂ©tation de la liste des produits pour lesquels l’enregistrement de la marque faisant l’objet de la procĂ©dure d’opposition devant l’EUIPO avait Ă©tĂ© demandĂ© et, partant, lors de la dĂ©termination du public pertinent. Selon la requĂ©rante, le public pertinent est composĂ© exclusivement de professionnels, Ă  savoir d’un public spĂ©cialisĂ©, et non Ă©galement du grand public, comme l’a considĂ©rĂ© le Tribunal au point 50 de l’arrĂȘt attaquĂ©. Elle soutient que la question de l’interprĂ©tation de la liste des produits, qui a une incidence sur la dĂ©finition du public pertinent, est une question de droit importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence et le dĂ©veloppement du droit de l’Union.

Par son troisiĂšme argument, la requĂ©rante fait valoir que le pourvoi soulĂšve une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence et le dĂ©veloppement du droit de l’Union en ce que le Tribunal s’est fondĂ© sur des critĂšres juridiques erronĂ©s pour confirmer la conclusion de la dĂ©cision litigieuse relative Ă  l’existence d’un risque de confusion. L’erreur consisterait, premiĂšrement, en l’affirmation selon laquelle le risque de confusion s’entend comme un risque de confusion entre les signes. DeuxiĂšmement, en confirmant la conclusion de la dĂ©cision litigieuse, selon laquelle un risque de confusion ne saurait ĂȘtre « exclu » ou « exclu avec certitude », le Tribunal se serait Ă©cartĂ© de la jurisprudence de la Cour. L’EUIPO ainsi que le Tribunal devraient parvenir Ă  un constat positif de l’existence d’un risque de confusion.

De maniĂšre transversale, la requĂ©rante soutient que les questions de droit concernant l’interprĂ©tation et l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du rĂšglement no 207/2009 qui sont visĂ©es par les trois arguments susmentionnĂ©s se posent dans un grand nombre d’affaires, de sorte qu’une dĂ©cision de la Cour serait nĂ©cessaire pour prĂ©server l’unitĂ© et la cohĂ©rence du droit de l’Union et pour assurer un dĂ©veloppement cohĂ©rent du droit de l’Union.

Raisonnement liminaire de la Cour :

Il convient de relever que c’est Ă  la requĂ©rante qu’il incombe de dĂ©montrer que les questions soulevĂ©es par son pourvoi sont importantes pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union (ordonnances du 16 septembre 2019, Kiku/OCVV, C-444/19 P, non publiĂ©e, EU:C:2019:746, point 11, ainsi que du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C-613/19 P, EU:C:2019:905, point 13).

En outre, ainsi qu’il ressort de l’article 58 bis, troisiĂšme alinĂ©a, du statut de la Cour de justice de l’Union europĂ©enne, lu en combinaison avec l’article 170 bis, paragraphe 1, et l’article 170 ter, paragraphe 4, du rĂšglement de procĂ©dure, la demande d’admission du pourvoi doit contenir tous les Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires pour permettre Ă  la Cour de statuer sur l’admission du pourvoi et de dĂ©terminer, en cas d’admission partielle de ce dernier, les moyens ou les branches du pourvoi sur lesquels le mĂ©moire en rĂ©ponse doit porter. En effet, Ă©tant donnĂ© que le mĂ©canisme d’admission prĂ©alable des pourvois visĂ© Ă  l’article 58 bis de ce statut vise Ă  limiter le contrĂŽle de la Cour aux questions revĂȘtant une importance pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union, seuls les moyens soulevant de telles questions et Ă©tablis par le requĂ©rant doivent ĂȘtre examinĂ©s par la Cour dans le cadre du pourvoi (ordonnance du 3 septembre 2020, Gamma-A/EUIPO, C‑199/20 P, non publiĂ©e, EU:C:2020:662, point 10 et jurisprudence citĂ©e).

[Point important] : Ainsi, une demande d’admission du pourvoi doit, en tout Ă©tat de cause, Ă©noncer de façon claire et prĂ©cise les moyens sur lesquels le pourvoi est fondĂ©, identifier avec la mĂȘme prĂ©cision et clartĂ© la question de droit soulevĂ©e par chaque moyen, prĂ©ciser si cette question est importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union et exposer de maniĂšre spĂ©cifique les raisons pour lesquelles ladite question est importante au regard du critĂšre invoquĂ©. En ce qui concerne, en particulier, les moyens du pourvoi, la demande d’admission du pourvoi doit prĂ©ciser la disposition du droit de l’Union ou la jurisprudence qui aurait Ă©tĂ© violĂ©e par l’arrĂȘt ou l’ordonnance sous pourvoi, exposer de maniĂšre succincte en quoi consiste l’erreur de droit prĂ©tendument commise par le Tribunal, et indiquer dans quelle mesure cette erreur a exercĂ© une influence sur le rĂ©sultat de l’arrĂȘt ou l’ordonnance sous pourvoi. Lorsque l’erreur de droit invoquĂ©e rĂ©sulte de la violation de la jurisprudence, la demande d’admission du pourvoi doit exposer, de façon succincte mais claire et prĂ©cise, premiĂšrement, oĂč se situe la contradiction allĂ©guĂ©e, en identifiant tant les points de l’arrĂȘt ou de l’ordonnance sous pourvoi que le requĂ©rant met en cause que ceux de la dĂ©cision de la Cour ou du Tribunal qui auraient Ă©tĂ© mĂ©connus, et, deuxiĂšmement, les raisons concrĂštes pour lesquelles une telle contradiction soulĂšve une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union (ordonnance du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C-613/19 P, EU:C:2019:905, point 15 et jurisprudence citĂ©e).

En effet, une demande d’admission du pourvoi ne contenant pas les Ă©lĂ©ments Ă©noncĂ©s au point prĂ©cĂ©dent de la prĂ©sente ordonnance ne saurait ĂȘtre, d’emblĂ©e, susceptible de dĂ©montrer que le pourvoi soulĂšve une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union justifiant son admission (ordonnance du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C-613/19 P, EU:C:2019:905, point 16 et jurisprudence citĂ©e).

Raisonnement de la Cour sur les arguments invoqués par la requérante : 

Tout d’abord, il convient de rejeter l’argumentation que la requĂ©rante dĂ©veloppe de maniĂšre transversale dans le cadre de ses trois arguments, Ă  savoir que le grand nombre d’affaires soulevant des questions similaires Ă  celles soulevĂ©es dans le cadre du pourvoi rend nĂ©cessaire une dĂ©cision de la Cour pour prĂ©server l’unitĂ© et la cohĂ©rence du droit de l’Union et pour assurer un dĂ©veloppement cohĂ©rent du droit de l’Union au regard de l’application et de l’interprĂ©tation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du rĂšglement no 207/2009. En effet, le fait qu’une question pourrait concerner un grand nombre d’affaires ne saurait manifestement ĂȘtre considĂ©rĂ© comme pertinent pour Ă©tablir l’importance juridique de la question pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union (voir, en ce sens, ordonnance du 19 dĂ©cembre 2019, Hauzenberger/EUIPO, C‑696/19 P, non publiĂ©e, EU:C:2019:1116, point 20).

Ensuite, s’agissant du premier argument de la requĂ©rante, rĂ©sumĂ© au point 7 de la prĂ©sente ordonnance, selon lequel le Tribunal aurait commis une erreur de droit en refusant d’accepter des Ă©lĂ©ments de preuve provenant de sources accessibles au public illustrant le degrĂ© de connaissance de la langue anglaise par le public en Pologne et en Espagne, il importe de souligner que, conformĂ©ment Ă  la charge de la preuve qui pĂšse sur l’auteur d’une demande d’admission d’un pourvoi, un tel argument n’est pas, en soi, suffisant pour Ă©tablir que ce pourvoi soulĂšve une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union, le demandeur devant respecter, Ă  cette fin, l’ensemble des exigences Ă©noncĂ©es au point 13 de la prĂ©sente ordonnance.

Or, en l’espĂšce, la requĂ©rante n’expose pas les raisons concrĂštes pour lesquelles le refus d’examiner des preuves qui n’ont pas Ă©tĂ© produites dans le cadre de la procĂ©dure administrative soulĂšverait une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union. À cet Ă©gard, il convient de relever notamment que, dans son ordonnance du 17 juillet 2014, MOL/OHMI (C‑468/13 P, non publiĂ©e, EU:C:2014:2116, point 42), la Cour s’est dĂ©jĂ  prononcĂ©e sur la question visĂ©e par le premier argument de la requĂ©rante, Ă  savoir la question de savoir si un Ă©lĂ©ment de preuve qui concerne prĂ©tendument les faits notoires peut ĂȘtre produit devant le Tribunal mĂȘme s’il n’a pas Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© prĂ©alablement devant un organe tel que celui en cause. Or, la requĂ©rante n’indique pas les raisons pour lesquelles, en prĂ©sence de cette jurisprudence de la Cour, le premier argument est susceptible de constituer une question qui est importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union.

En outre, quant au deuxiĂšme argument avancĂ© par la requĂ©rante, Ă©voquĂ© au point 8 de la prĂ©sente ordonnance, selon lequel le Tribunal aurait interprĂ©tĂ©, de maniĂšre erronĂ©e, la liste des produits pour lesquels l’enregistrement de la marque a Ă©tĂ© demandĂ©, ce qui aurait eu une incidence sur la dĂ©finition du public pertinent, il convient de constater que la requĂ©rante cherche, en substance, Ă  remettre en cause les constatations du Tribunal relatives aux caractĂ©ristiques du public pertinent. Or, il rĂ©sulte d’une jurisprudence constante que de telles constatations relĂšvent du domaine des apprĂ©ciations de nature factuelle pour lesquelles le Tribunal est seul compĂ©tent (voir, notamment, arrĂȘt du 25 juillet 2018, QuaMa Quality Management/EUIPO, C‑139/17 P, non publiĂ©, EU:C:2018:608, point 55 et jurisprudence citĂ©e). DĂšs lors, une telle argumentation ne saurait soulever une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union (voir, en ce sens, ordonnance du 10 octobre 2019, KID-Systeme/EUIPO, C‑577/19 P, non publiĂ©e, EU:C:2019:854, point 20).

Enfin, s’agissant du troisiĂšme argument de la requĂ©rante, figurant au point 9 de la prĂ©sente ordonnance, selon lequel le Tribunal a commis une erreur de droit lorsqu’il a confirmĂ© les conclusions de la dĂ©cision litigieuse concernant l’existence d’un risque de confusion, d’une part, il convient de relever que l’allĂ©gation de la requĂ©rante, selon laquelle le Tribunal aurait considĂ©rĂ© qu’un risque de confusion entre les signes suffit pour constater qu’il y a un risque de confusion entre les marques en cause, est fondĂ©e sur une lecture manifestement erronĂ©e de l’arrĂȘt attaquĂ©. En effet, le Tribunal a procĂ©dĂ©, aux points 73 Ă  84 de l’arrĂȘt attaquĂ©, Ă  sa propre apprĂ©ciation globale du risque de confusion pour en conclure, au point 83 de l’arrĂȘt attaquĂ©, qu’en raison du fait que les signes en conflit Ă©taient similaires au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du rĂšglement no 207/2009 et que les produits en cause Ă©taient identiques ou similaires Ă  un degrĂ© Ă©levĂ©, il existait un risque de confusion.

D’autre part, s’agissant de l’affirmation selon laquelle le Tribunal se serait Ă©cartĂ© de la jurisprudence de la Cour, il importe de souligner que, conformĂ©ment Ă  la charge de la preuve qui pĂšse sur l’auteur d’une demande d’admission d’un pourvoi, une telle argumentation n’est pas, en soi, suffisante pour Ă©tablir que ce pourvoi soulĂšve une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union, le demandeur devant respecter, Ă  cette fin, l’ensemble des exigences Ă©noncĂ©es au point 13 de la prĂ©sente ordonnance (voir, en ce sens, ordonnance du 24 octobre 2019, Porsche/EUIPO, C-613/19 P, EU:C:2019:905, point 17 et jurisprudence citĂ©e). Or, la requĂ©rante, qui ne prĂ©cise pas la jurisprudence de la Cour prĂ©tendument violĂ©e, n’a pas respectĂ© l’ensemble de ces exigences.

Solution de la Cour de justice de l’Union europĂ©enne :

Dans ces conditions, il convient de conclure que la demande prĂ©sentĂ©e par la requĂ©rante n’est pas de nature Ă  Ă©tablir que le pourvoi soulĂšve une question importante pour l’unitĂ©, la cohĂ©rence ou le dĂ©veloppement du droit de l’Union.

Eu Ă©gard Ă  l’ensemble des considĂ©rations qui prĂ©cĂšdent, il y a lieu de ne pas admettre le pourvoi.


CJUE 29 octobre 2020, Kerry Luxembourg Sàrl c/ EUIPO, C‑305/20 P